Appel à communication ITINERAIRES DES ELITES AFRICAINES DANS LE MONDE – Université de Bucarest, 27-28 septembre 2018

Appel à communication

ITINERAIRES DES ELITES AFRICAINES DANS LE MONDE

Réseaux et transferts entre diasporas et « petites sociétés »

Colloque organisé par l’Institut d’études africaines de l’Université de Bucarest, le Réseau Interdisciplinaire Afrique Monde (RIAM, Paris), le CR 24 de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française et l’Université Al. I. Cuza de Iasi

Université de Bucarest, 27-28 septembre 2018

A la suite des travaux réalisés dans le cadre du programme d’études et de recherches « Elites africaines formées dans les pays de l’ex-bloc soviétique. Histoire, biographies, expériences » (ELITAF)[1], sans cependant prétendre proposer un bilan des recherches qui ont été menées, cet appel à communication s’adresse à tous ceux qui travaillent sur les circulations internationales des élites africaines, ainsi que sur les réseaux établis entre diasporas et « petites sociétés » en lien avec les études à l’étranger. La période concernée est celle de l’après guerre froide, d’une « transition » qui a déjà fait l’objet de plusieurs études, « postcoloniales » et « postcommunistes ». Les recherches effectuées jusqu’à présent ont permis de réunir une série de données historiques en mesure de reconstituer une carte provisoire des flux migratoires universitaires entre le Sud postcolonial et l’Est « communiste » avant 1990, avec leur contribution à la construction des Etats, leur chronologie spécifique et leurs « taches blanches » encore à explorer. Si ces travaux ont beaucoup insisté sur les biographies et les expériences durant les séjours d’études, les trajectoires des anciens étudiants, leur devenir professionnel et politique, leurs éventuelles reconversions et les nouvelles orientations des flux migratoires, incluant parfois des parcours diasporiques, sont moins connus. Nous souhaitons ainsi intégrer dans nos questionnements la problématique des échanges entre « petites » et « grandes » sociétés, développée par les travaux effectués dans le cadre du Comité de Recherche 24 de l’AISLF, en particulier pour ce qui concerne les avatars de la circulation internationale associée aux études, les conditions de la reconnaissance des diplômes obtenus notamment dans les « pays de l’Est », ainsi que les stratégies de reconversion, d’intégration dans les réseaux professionnels et académiques transdisciplinaires et transnationaux ou d’adaptation aux programmes et politiques « d’excellence » européennes (post-Bologne).

 

Plusieurs séries de questions méritent d’être posées ou reposées.

 

Du fait de l’intensification des flux migratoires pendant ces dernières années et des différences entre les politiques d’accueil des pays européens et nord-américains en particulier, les circuits internationaux empruntés par les migrants ont connu plusieurs transformations, et les itinéraires sont devenus de plus en plus variés et complexes. Les guerres régionales, le déplacement des frontières politiques et économiques (globalisation, mondialisation, « élargissement » d’organisations transnationales) ont accentué l’asymétrie et les décalages entre un « centre » remis en question et des « périphéries » en recomposition. Les stratégies élaborées par les candidats aux études à l’étranger sont des réponses à la fois aux changements intervenus dans l’orientation des flux migratoires et aux transformations de « l’offre » du marché universitaire international. De même, les effets des études à l’étranger sur les recompositions et les réorientations des flux migratoires sont à étudier.

 

La question de la reconfiguration des champs du pouvoir dans les différents pays, avec de nouvelles formes de domination ou de nouvelles productions idéologiques, est à reprendre. Les changements intervenus depuis la disparition de l’ancien bloc socialiste ont eu des effets dans la recomposition des élites du pouvoir et sur leurs rapports avec les élites intellectuelles. Des témoignages et des publications récentes font état de perspectives opposées dans les études « postcommunistes » et les études « postcoloniales » sur le sens donné à l’histoire récente, sur le changement des orientations politiques, sur les bifurcations institutionnelles et biographiques concernant ces élites. Il est dans ce sens utile d’interroger les conditions d’émergence d’un objet de recherche spécifique comme la circulation internationale des élites africaines au croisement de travaux consacrés à la formation des élites, aux étudiants étrangers, aux élites des anciens pays socialistes et à leur devenir. Il serait également opportun d’interroger dans ce cadre le rôle qui revient aux organisations internationales (UNESCO, FMI, OCDE, Banque Mondiale…, mais aussi des ONG) dans l’accélération des échanges internationaux à partir de leurs programmes d’aide et de solidarité avec les pays africains.

 

La question des liens existants entre « mobilités » et « migrations », très souvent traitées de manière distincte, selon les spécialisations scientifiques, mérite d’être reposée. « Migrants » et « mobiles », les premiers étant associés aux exilés et aux réfugiés, les seconds à la mise en circulation du capital humain, ont souvent des rôles interchangeables et des expériences comparables dans la traversée des frontières. La dénonciation du brain drain a laissé la place à l’idéologie du brain gain, considérant l’apport de capital culturel, mais aussi économique ou social, pour les pays d’origine à la suite de ces mouvements migratoires en lien avec des études à l’étranger. Les conditions de vie en diaspora et de retour au pays sont ici à examiner de plus près. Elles supposent souvent des changements de statut, de l’instabilité, voire de la précarité. Des différences importantes sont cependant à prendre en compte selon les pays ou les champs professionnels.

 

Des réponses multiples sont possibles à toutes ces questions. Notre colloque vise explicitement à encourager la coopération scientifique et universitaire entre des institutions et des collectifs de recherche ayant comme terrain d’études l’Afrique et sa présence dans le monde, son inscription dans les échanges internationaux. La possibilité de se réunir autour d’un projet de recherche commun sera examinée à cette occasion.

Une table ronde réunissant des étudiants africains en Roumanie et des responsables d’organismes publics et associatifs sera organisée à la fin.

 

 

Repères bibliographiques

Brigitte Bertoncello, Sylvie Bredeloup, Olivier Pliez, 2009, Hong Kong, Guangzhou, Yiwu : de nouveaux comptoirs africains en Chine, Critique internationale, n°44, p.105-120.

 

Brigitte Bertoncello, Sylvie Bredeloup, 2009, Chine-Afrique ou la valse des entrepreneurs migrants, Revue Européenne des Migrations Internationales, juillet, vol. 25, p. 45-70.

 

Sylvie Bredeloup, 2012, African migrations, work, and new entrepreneurs, in Li Peilin and L. Rouleau Berger (ed.), China’s Internal and International Migration, Routledge, China Policy Series, p. 202- 210.

 

Sylvie Bredeloup, 2014, Entre l’Afrique et la Chine : pluralité des parcours professionnels des étudiants ouest-africains, Cahiers de la Recherche sur l’Education et les  Savoirs, n°13.

 

Svetlana Dimitrova, 2015, Etudiant international en URSS, Africain en Russie, citoyen global au Québec. Expériences de transition, in : Monique de Saint Martin, Grazia Scarfò Ghellab, & Kamal Mellakh (dirs.), Étudier à l’Est. Expériences de diplômés africains, Paris, Karthala/FMSH, pp. 173-185.

 

Elieth P. Eyebiyi, 2015, La formation des cadres béninois dans les pays de l’Est. Expériences biographiques en URSS et en Bulgarie entre 1980 et 1994, in Monique de Saint Martin, Grazia Scarfò Ghellab et Kamal Mellakh (éds.), Etudier à l’Est. Expériences de diplômés africains. Paris, Karthala, pp. 231-245.

 

  1. D. Gheorghiu, I. Macovei, A. Netedu, C. Olaru, 2014, Les étudiants africains en Roumanie (1970-1990). De l’internationalisme militant à la commercialisation des études. In Psihologia sociala, Nr. 34, pp. 117-128.

 

  1. D. Gheorghiu, A. Netedu, avec I. Macovei et C. Olaru, 2015, Etudiants d’Afrique en RDA et en Roumanie. Les cadres sociaux et politiques de leurs expériences, in Monique de Saint Martin, Grazia Scarfò Ghellab et Kamal Mellakh (éds.), Etudier à l’Est. Expériences de diplômés africains. Paris, Karthala, pp. 95-109.

 

Constantin Katsakioris, 2017, Creating a Social Intelligentsia : Soviet Educational Aid and its Impact on Africa (1960-1991), Cahiers d’études africaines, 2, n° 226, pp. 259-288.

 

Lucette Labache, 2017, En attendant l’indépendance ? Projet autonomiste à La Réunion et formation de cadres dans les pays socialistes, Cahiers d’études africaines, 2, n°226, 355-377

 

Michèle Leclerc-Olive, 2016, Former des élites : mobilités des étudiants d’Afrique au Nord du Sahara dans les pays de l’ex-bloc socialiste. Editorial, Revue européenne des migrations internationales, 32 (2), pp. 7-12.

 

Kamal Mellakh, 2016, « La formation des étudiants marocains dans les pays de l’Est de l’Europe (1960-2015), Revue européenne des migrations internationales, 32 (2), pp. 39-56.

 

Monique de Saint Martin, Grazia Scarfò Ghellab et Kamal Mellakh (dirs.), 2015, Etudier à l’Est. Expériences de diplômés africains. Paris, Karthala, 298 p. (Préface de Jean-Pierre Dozon).

 

Tatiana Smirnova, 2015, Les désillusions politiques des étudiants maliens en Russie dans les années 1990, in Monique de Saint Martin, Grazia Scarfò Ghellab et Kamal Mellakh (éds.), Etudier à l’Est. Expériences de diplômés africains. Paris, Karthala, pp. 161-172.

 

Patrice Yengo, Monique de Saint Martin, 2017, Quelles contributions des élites « rouges » au façonnement des États post-coloniaux?, in Cahiers d’études africaines, 2 (n° 226), pp. 231-258 (numéro spécial « Elites de retour de l’Est »).

[1] Ce programme a été lancé en 2012 par le Réseau Interdisciplinaire Afrique Monde (RIAM), avec le soutien de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) et de l’Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux (IRIS, EHESS, Paris) et a donné lieu à plusieurs publications. Les activités collectives organisées dans ce cadre ont pris fin en 2016 ; des recherches se sont poursuivies dans plusieurs pays. Dans les années 2014-2016, le RIAM a eu la responsabilité de l’équipe « Elites africaines dans le monde » du programme « Mutations et défis africains », ce qui a permis de réaliser des recherches sur les élites africaines notamment au Mali, en Mauritanie, à La Réunion, au Cameroun, et en Russie. Nous souhaitons aussi continuer le débat amorcé à l’occasion du 20ème Congrès de l’AISLF, « Sociétés en mouvement, sociologie en changement », au CR 24 « Petites sociétés et construction du savoir », à Montréal, en juillet 2016.